Ur wech e oa...

Mikeal

Le blog de Michel Treguer

jeudi 20 mai 2010



(Les liens renvoient sur Wikipedia. Après consultation de l'un d'entre eux, redemander la page précédente pour revenir sur ce blog.)


Michel Treguer est un réalisateur de télévision, producteur de radio, journaliste et écrivain, né en 1940, qui a fait carrière à Paris et en Bretagne. (Prononcer tréguère.)

Sommaire

  • 1 Origine
  • 2 Carrière audiovisuelle
  • 3 Filmographie
  • 4 Œuvre écrite
  • 5 De l'identité
      • 6 Extraits
    7 Notes et références
  • 8 Liens hors Wikipedia


Origine

Deuxième enfant d'une famille de quatre, ses premières années pendant la Seconde Guerre mondiale, jusqu'au cours préparatoire compris, se déroulent dans le petit village de Coat-Méal, Nord-Finistère, où son père est à la fois instituteur public et secrétaire de mairie. Ses deux grands-mères tiennent des commerces dans les communes voisines de Plabennec et de Bourg-Blanc. En 1946, la famille s'installe à Brest, dans l'une des « baraques américaines » où se trouve logée la population de la cité détruite par les bombardements. Il rejoint l'école publique de Traon-Quizac, puis le lycée de Brest. En 1959, après une année de Mathématiques Spéciales au lycée Saint-Louis à Paris, il intègre l'École Polytechnique. En 1961, il devient sous-lieutenant d'active pour son service militaire. Après six mois d'école militaire des Transmissions à Montargis, il est affecté en Algérie où il débarque en avril 1962, une semaine après le cessez-le-feu. Dans l'ouest-Constantinois, il vit la passation de pouvoir entre les armées française et algérienne, et la naissance de la nouvelle république indépendante. Avant même la fin de ses études à Polytechnique il a contacté la « RTF », mais il doit encore suivre deux ans de cours à l'École Nationale Supérieure des Télécommunications avant de pouvoir y entrer. En 1964, il rejoint le « Service de la Recherche de l'ORTF » dirigé par l'ingénieur musicien Pierre Schaeffer. En 1968, il sort de la fonction publique pour vivre en réalisateur indépendant.

Carrière audiovisuelle

En dépit de cette condition de "saltimbanque", son passé de polytechnicien lui vaut de se voir d'abord confier des émissions scientifiques. La télévision est encore naissante et jamais le grand public n'a eu l'occasion de découvrir ni d'entendre les grands ténors de la pensée. Michel Treguer fréquente alors le tout-Paris intellectuel, rencontre nombre de créateurs et d'artistes contemporains (Claude Lévi-Strauss, Jacques Lacan, Roman Jakobson, Henri Atlan, René Girard, Julien Gracq, Hans Hartung, Robert Rauschenberg, etc.). Puis, il diversifie ses activités de réalisateur dans de nombreux secteurs de la télévision : émissions musicales, enfantines, de fiction ; films, directs, etc. S'y ajoutent quelques émissions de radio sur France Culture. À 30 ans, il décide de surcroît de « rapprendre la langue de sa lignée » qui ne lui pas été enseignée, et, à partir de 1978, tout en poursuivant sa « carrière française » à Paris, il signe également des émissions en breton sur France 3 Ouest à Rennes, qu'il signe Mikeal Treger conformément à l'usage du Goueled Leon, le "Bas Léon" nord-finistérien. (Prononcer « mikéal tréguère ».) 

Filmographie

  • Sit-coms : “Salut les homards” (2 épisodes, TF1) - “Sexe, violence et opérette” avec Katrine Boorman et le grand orchestre du Splendid (10 épisodes, Réseaux câblés)
  • Films ethnologiques (production ou réalisation) : "Les Yanomamis" avec Jacques Lizot (réalisation de Jean-Pierre Marchand, France 2) - "Igloolik" avec Bernard Saladin d'Anglure (2 films, France 3) - "Les Baruyas" avec Maurice Godelier (réalisation de Yann Dunlop, France 3)
  • Vidéo-art : “Paris 3D” (INA) - “Symétrie” et “Le Hasard” (Cité des sciences et de l'industrie) - “Une minute pour trouver” (INA, CANAL+) - “Espaces inhabitables” (Recherche ORTF, sur une musique de François Bayle)
  • Variétés : “Silence Télé !” avec Jacques Mailhot (F3 Ile-de-France)
  • Directs et magazines : “Télématin” (30, France 2) - “Top à l’Ouest” (10, France 3 Ouest) - “Caractères”, “Jamais sans mon livre”, “Rapptout” de Bernard Rapp (30, France 2, France 3) - “Ah quels titres !” avec Philippe Tesson (France 3) - “Faut pas rêver” (2, France 3) - “Nimbus” avec Élise Lucet (10, France 3) dont "L'homme réparé" (Prix Roberval 1995) - “Comment ça va ?” avec Jean Lanzi (5, France 3) - “The Best of Albertville 92” (en haute définition 1250)
  • Émissions en langue bretonne (France 3 Ouest) : Très nombreux habillages de l'émission "Breizh o vevañ", avec des musiciens dont Alan Stivell - Plusieurs "gwerzioù" avec Donatien Laurent dont "Loeiz ar Ravalleg", "Glac'har e Pleumeur-Bodou" - "Abadenn genta BR3" - "Avaloù Avalon" - "Brezhonegerien", longue série d'entretiens avec des bretonnants - "Karantez" - "Troveni vras Lokorn 1983" - Avec la troupe Strollad ar Vro Bagan : "Mistri ha fermourien" avec Naig Rozmor, "Avanturioù Yann Conan", "Ar Roue Marc'h" - Avec la troupe Penn ar Bed : "Katrina Lenn-zu" de Per-Jakez Helias - "Tanguy Malmanche" - Fictions : "Tro Vari-Job ar Gergeno" d'après Anatole Le Braz, "Frapadig glan ar Sul" avec Youenn Gwernig, "Al laer avel" d'après Roparz Hemon, "Ur wech all" avec Pascal Cariou, "Ar vosenn nevez" de Bernez Rouz avec Nolwenn Korbell et Lionel Buannic
  • Radio (France Culture) : "Un après-midi en Bretagne avec les sœurs Goadec" - "Le conte de Zozebig et Merlin" avec Jean-Louis Rolland (5 épisodes) - 6 émissions d'"ethnologie française" avec Pierre Lamaison - Nombreux entretiens avec des scientifiques et des philosophes, dont René Girard, Ilya Prigogine ("Les chemins de la connaissance") ; Georges Devereux et Tobie Nathan (« Les Nuits Magnétiques »)

Œuvre écrite

(Livres en librairie)

  • Faces cachées (Nature et Bretagne, 1984)
Édité à compte d'auteur, c'est un roman qui peut se définir comme une « autobiographie onirique » : une description minutieuse de scènes et d'équipées intérieures auquel un aventurier (de la vie, de l'esprit) cherche à trouver un sens. Déjà se fait jour le credo selon lequel « toute vérité est bonne à dire », dût-elle jeter une ombre sur le personnage de l'écrivain lui-même ou froisser certains contemporains. Le livre a été peu lu, mais l'auteur ne l'a jamais retiré de sa bibliographie. Il en a cité quelques pages dans des ouvrages ultérieurs et espère toujours le faire un jour publier de nouveau.
(Quatrième de couverture) « Homme de Bretagne et d'images », « polytechnicien dissident », professionnel de radio et de télévision, Michel Treguer présente lui-même Faces cachées comme l'œuvre d'un « fou littéraire » : non pas un artifice d'artiste, mais le produit, la relique d'une véritable épreuve, d'une expérience de vie – et de mort.
  • Vivre ses vies (Nature et Bretagne, 1984)
Il s'agit d'un bref apologue romanesque qui conte quatre vies possibles d'un même personnage. L'auteur rapproche lui-même volontiers cette exploration du livre (antérieur) de Pierre Gripari « Vies parallèles de Roman Branchu » et du film (ultérieur) de Krzysztof Kieslowski « Le Hasard ». Si nombre de scènes se situent en Bretagne, d'autres étendent l'action à Paris et aux États-Unis. Le texte a été récrit sous la forme d'une nouvelle intitulée « Quadrige », intégrée au recueil « le-septième-jour.net » (voir ci-dessous).
  • Quand ces choses commenceront..., avec René Girard (Arléa, 1994)
C'est la transcription d'un dialogue serré entre deux interlocuteurs que leur amitié réciproque ne conduit pas à la moindre concession intellectuelle. La théorie « mimétique » de René Girard et l'anthropologie qui en découle s'y trouvent clairement exposées, ainsi que quelques confidences inédites sur leur surgissement originel dans la vie du philosophe. Pour autant, l'un reste croyant, l'autre pas...
C'est une tentative originale de laisser deviner « l'autre monde » de la culture celtique qui, pour avoir été enfoui par l'Histoire dans l'inconscient des Occidentaux, n'en continue pas moins à fournir aux écrivains du monde entier et aux cinéastes de Hollywood d'inépuisables thèmes. Donatien Laurent est le plus grand ethnologue breton qui a notamment mis un terme à la « querelle du Barzaz Breiz » en montrant que les chants populaires recueillis par La Villemarqué au XIXe siècle étaient pour l'essentiel authentiques, mais en précisant néanmoins les « réfections » opérées par le collecteur. Le livre alterne des chapitres rédigés par l'un ou l'autre auteur et des transcriptions de dialogues entre eux.
C'est une « autobiographie intellectuelle » assez complète dans laquelle Michel Treguer décrit son « trajet de vivant », rappelle sa carrière de réalisateur et sa « redécouverte » de la culture bretonne. Dans la dernière partie, il évoque les œuvres et les parcours d'autres intellectuels bretons, contemporains ou disparus. Et il fait face, sans crainte ni complaisance, à la difficile histoire de la langue bretonne, depuis la fatwa de l'abbé Grégoire sous la Révolution jusqu'aux événements de la Deuxième guerre mondiale. Il est à noter que, dans les années suivant sa publication, et pour le plus grand plaisir de son auteur, ce livre a toujours été en vente au rayon "Aborigènes" de la librairie du Musée du Quai Branly à Paris (musée quelquefois dit « des arts premiers »).
(Quatrième de couverture) L'inconnu, c'était mon pays : c'est-à-dire à la fois l'extérieur et l'intérieur, le monde d'une part et mon propre corps de l'autre, mon cerveau plutôt que mon âme. Le premier sens que je donne à ma revendication d'une identité aborigène est ma relation à la terre d'un pays ; le second tient à la place des rêves dans l'élaboration de mon univers. Je ne leur accorde aucune valeur d'intersignes prémonitoires, d'opérateurs agissant sur le monde réel. Je les tiens pour des projecteurs révélant d'autres mondes, au-delà de ma propre nuit. Je me crois capable de m'étonner. J'ai été un Français d'occasion. J'ai commencé ce livre par cette confidence. J'aurais pu aussi bien être irlandais, britannique, américain ; indien dans la touffeur de l'Amazonie ; inuit dans la blancheur de l'Arctique. J'ai toujours fortement ressenti la présence quasi physique de ces autres destinées à côté de celle que m'a réservée le réel. Il me restait à m'approprier l'histoire d'une terre qui m'avait vu naître, la Bretagne.
  • Espèce d'Homme ! (Éditions du Temps, 2007)
Sous-titré par l'éditeur « Essai sur l'identité », il s'agit cette fois d'une démonstration, d'un plaidoyer reprenant sur un mode plus abstrait, plus universel, les concepts accrochés, dans le texte d'« Aborigène occidental », à la trajectoire personnelle de l'auteur. Les autres penseurs dont Michel Treguer commente (souvent un peu rudement) les œuvres sont ici des philosophes français.
(Quatrième de couverture) L'essai de Michel Treguer est un livre dégrisant. Et c'est un livre enivrant. Il rappelle simplement ce dont tout homme est fait, homme ou femme, Européen ou Africain, Breton ou Juif, Noir ou Blanc. Il arrache les Français au sortilège de leur « modèle » en leur découvrant la part de nationalisme rance que cache son universalisme affiché. Il rappelle que l'homme est un fils de la Terre, de l'univers entier, d'une succession de hasards que leur avènement mue en déterminations : une « espèce d'homme » dont la foule bigarrée donne chair à l'Espèce des hommes.
  • Gwir (Éditions Yoran Embanner, 2008)
Gwir est un mot breton qui veut dire à la fois « vrai » et « juste ». Prolongation du précédent, ce livre est une incursion dans le domaine proprement politique. Il évoque, en donnant toutes les références précises, la fameuse agitation de l'année 2008 en France, qui a mobilisé les deux Chambres, le Conseil d'État, le Conseil Constitutionnel, l'Académie, toutes sortes d'associations de tous bords, et qui a finalement abouti à l'inscription (modeste) des langues régionales dans la Constitution française.
(Quatrième de couverture) L'homme (la femme) est un animal qui pense et qui parle ; qui pense parce qu'il parle. Prolongeant la variété des espèces qui est une condition de la vie, la diversité culturelle définit l'humanité. Il n'y a de Bretagne que si la langue bretonne existe. Les Bretons et aussi bien les Français sont massivement favorables à sa survie. Mais l'État français reste en retrait sur nombre de conventions de l'ONU et de la Communauté Européenne appelant au respect des langues minoritaires. Dans les termes où le problème est posé depuis plus de deux cents ans, il est sans solution : car les régionalistes et les centralisateurs, qui incarnent deux conceptions de la République sont également sincères. Examinant les événements de l'été 2008 qui ont abouti à une modeste inscription des langues régionales dans la Constitution française, Michel Treguer poursuit et achève une réflexion amorcée dans ses deux précédents ouvrages Aborigène occidental et Espèce d'homme ! Il propose les modalités d'une « paix des braves » qui permettrait à la Bretagne de sauver sa langue et à la France d'améliorer son image internationale.
  • Avec le temps (editions-dialogues.fr, 2010 ; voir ci-dessous le paragraphe « Procès »)
Sous-titré « Chronique d'un village breton sous l'occupation allemande », il s'agit du livre de bord d'un enquêteur méticuleux, bouleversé par la révélation tardive de silences familiaux s'ajoutant à ceux de l'école républicaine pour faire peser sur sa vie le poids d'un « double mensonge ». « On ne lui avait pas tout dit. » Michel Treguer découvre après le décès de son père que l'intéressé, instituteur laïque, était probablement croyant ; que sa grand-mère et sa tante ont été suspectées à la fin de la guerre, dans leur village de Bourg-Blanc (Finistère), de complaisances envers l'occupant allemand. Confronté à la faiblesse de la mémoire des témoins survivants, il finit par retrouver dans un Département d'Archives, le dossier des dénonciations de l'époque, ainsi que d'extraordinaires documents : des lettres écrites depuis l'enfer du Front russe par des militaires allemands à leurs « amis » blanc-bourgeois. Une méditation sur la mémoire, sur la transmission entre générations, sur la fabrication d'une Histoire officielle...
(Quatrième de couverture) Dans l'histoire de chacun, on tire sur un fil infime, et tout un parcours se dévide ; des chroniques plus vastes se laissent deviner. Intrigué par par l'insolite agonie de son père, un fils se met en quête dans la brume des souvenirs et le maquis des témoignages. Chemin faisant, il met à jour un secret familial, reconstitue la vie d'un village breton sous l'occupation allemande et voit se dessiner une histoire peut-être différente des légendes nationales.
(Sur un argumentaire destiné à la presse) Autant qu'à se souvenir, l'Histoire ne sert-elle pas à oublier ? Derrière les gros mots de Nation, de Résistance, de Collaboration, que reste-t-il des véritables jours vécus par des femmes et des hommes qui ne savaient pas ce que serait l'avenir ? Comment se représenter encore dans l'Europe sans frontières d'aujourd'hui une aussi incroyable situation : « l'occupation » du territoire français par son voisin allemand.

(Procès) Un des chapitres du livre évoquait amicalement la naissance bien connue à Bourg-Blanc d'un enfant de père allemand pendant l'Occupation. L'auteur pensait avoir servi le personnage en question avec lequel il avait entretenu des relations aimables, en l'aidant dans sa quête d'identité. Mais ce dernier a fait état d'une « atteinte à sa vie privée » et a obtenu de la justice « le retrait du livre de la vente ». (Le même juge avait censuré chez le même éditeur le titre du livre du Dr Irène Frachon sur le médicament Mediator.) Décision confirmée en appel, puis dans un troisième procès en dommages et intérêts. Pour l'auteur, cette étrange aventure est l'une de ces surprises que peut réserver la vie, plaisante ou regrettable. Toute vérité n'est donc pas bonne à dire ou tout au moins à écrire, même quand elle est sue de tous et qu'elle est exprimée sans volonté de nuire. La Justice est à coup sûr l'un des piliers de la Démocratie : il est d'autant plus difficile de lui faire face lorsqu'elle se dresse devant un citoyen de bonne foi.

(Curiosité découverte postérieurement, absente du livre) Le principal rédacteur des lettres écrites par des militaires allemands depuis le Front russe était un lieutenant bavarois… juge dans la vie civile ! Une enquête des Alliés et de la République Fédérale ayant montré qu'il n'avait jamais été nazi, il retrouvera sa fonction après la guerre. Son fils est l'un des principaux journalistes du pays, œuvrant dans les médias nationaux, notamment de gauche. Ainsi se succèdent les générations humaines, « avec le temps »…

  • le-septième-jour.net (editions-dialogues, 2011)
C’est un « septuor » de nouvelles, successivement intitulées : Éloah Play Evolution 2 – quadrige.xls – bobards.doc – experience.org – trahison.pdf – femme.jpg – hihihaha.com
(Quatrième de couverture) Après une longue carrière à la télévision et quelques livres de réflexions sur la vie des cultures, Michel Treguer se met à raconter des histoires : sept nouvelles « renversantes » de fantaisie et d'originalité. La création du monde ? un jeu vidéo ! – La meilleure façon de choisir entre quatre destins ? les vivre tous les quatre ! La plus belle récompense pour un romancier ? une nomination à la « cérémonie des bobards » ! – L'outil démocratique par excellence ? la trahison ! – Le moteur de l'Evolution ? le rêve ! – Bref, peut-être les philosophies et les religions sont-elles des affaires trop drôles pour être laissées aux gens sérieux ?


  • Un Breton redécouvrant la Bretagne (Yoran Embanner, 2005) Il s'agit de la traduction en français du recueil en langue bretonne de Roparz Hemon, Ur Breizhad oc'h adkavout Breiz (Al Liamm, 1971). Ces articles initialement publiés en langue bretonne entre 1922 et 1935 s'attachaient à proposer des moyens de revitaliser la culture bretonne, mais ils prenaient aussi la défense des « petites nationalités » et annonçaient en un sens la mondialisation à venir. La présentation du livre dans Ouest-France le 15 janvier 2006 ayant provoqué une réaction critique (1) de Françoise Morvan le 20 février suivant, Michel Treguer lui avait répondu dans un article publié en mars 2006 sur le blog de la rédaction sous le titre Silences bretons et repris le 1er avril par l'Agence Bretagne Presse (2), en rappelant notamment en ces termes pourquoi il avait opéré cette traduction : « Plusieurs commentateurs présentaient depuis des décennies les articles de jeunesse de Roparz Hemon comme annonciateurs des compromissions de l’Occupation, sans jamais en proposer la lecture intégrale ; des articles qu’aucune université du pays n’avait jugé bon d’éditer en français. Mon entreprise n’était pas fondamentalement militante. Je voulais simplement que les non-bretonnants puissent découvrir d’où était parti le jeune professeur de lycée brestois, certes nationaliste mais admirateur de Tagore, de Gandhi et de toutes les cultures opprimées, avant qu’une tragique histoire n’en fasse, dans l’imaginaire politiquement correct de la Libération, un affreux Breiz Atao. »


(Livres sur les sites internet d'Amazon, au format numérique ou en volumes imprimés)

  • NOTE de Michel Treguer sur l'auto-édition numérique
« Certains des livres que j’ai écrits ont été imprimés, distribués en librairies et bibliothèques. D’autres "n’ont pas trouvé d’éditeur" comme on dit, bien qu’à mes yeux ils vaillent les premiers. Je n’entends pas discuter les raisons de leur proscription. Semés dans l’obscure forêt du monde, tels les cailloux du Petit Poucet, j’ai souhaité les sortir de mon seul souvenir ; les exposer à d’autres lumières, aux regards de lecteurs cachés et des anges… Belle époque que celle qui permet d’échapper à l’enfermement ! Ce n’est pas sans surprise ni sans ravissement que j’ai découvert qu’il est possible à l’auteur d'un livre proposé sous cette forme de modifier en permanence, et instantanément, chacun de ses textes. Qu’on s’en réjouisse ou qu’on s’en inquiète, ces ouvrages resteront désormais "vivants" tant que l’auteur le sera… »
  • Préavis (Comédie / Roman dialogué)
Une grève générale paralyse la France et peut-être la planète entière. Tous les moyens de communication sont interrompus. Quelque chose ne va pas dans la gestion de la planète par l’humanité… Un homme et une femme, bloqués chez eux, passent le temps en dialoguant, un peu à la manière de Diderot et d’Alembert, mais aussi comme deux personnages de Feydeau qui s’aiment et se chamaillent…
  • Cohensidansepochtli (Roman)
Où l'on entendra Cohen, Si, Sida, Danse, Coïncidence, Huitzilopochtli… Une femme (?) entreprend et raconte un voyage à Hong Kong ; une errance dans ses rêves aussi, et dans l'histoire du monde ; dans des livres, dans des films. Mais ce périple ne s’est peut-être pas déroulé comme elle le dit ? Si le journal est mensonger, quel est le roman qu'il maquille ? Un polar était-il caché dans la chronique ? Ça va saigner…
  • Rature (Roman)
Un rêveur impénitent voit soudain sa vie réelle dévastée par un coup de théâtre. Or, comme le nom l’indique, de tels accrocs surviennent plutôt sur scène, dans un roman à suspense ou sur l’écran d’une série B. Le "héros" ainsi désigné décide donc d’écrire et de jouer la suite de ses jours. Mais le diable veille… Une phrase changée deviendra l’arme du dernier meurtre, celui de l'auteur.
  • Sexuelles (Roman)
Le point de départ de ce roman à énigmes est l’apparition à l’étal des librairies d’un texte anonyme et torride qui conte une nuit d'amour entre un homme et une femme. L'auteur reste caché derrière le narrateur. mais une lectrice prétend l'avoir identifié sous les traits de l'amant et s'être elle-même reconnue sur la couche du récit… Fiction ? Autofiction ? Parabole ? Reportage ? (Le brûlot d'origine est plus longuement reproduit sous l’appellation Genèse Porno dans un autre recueil de l’auteur, titré Aveuglément. Deux des amoureuses évoquées y refont elles aussi surface, ainsi que dans un troisième roman, Tolente.)
  • Tolente (Roman)

Il existerait au fond de la mer, sous les cormorans et les bars, sous les humains et les chats, au pays des homards, une ville aux rues pavées d’or : Tolente… Peut-être faut-il entretenir la légende ? Quatre acteurs principaux : un homme écartelé entre origine et liberté ; une femme qui s’ouvre à l’aventure ; le monde qui fluctue, riche et lourd de son histoire ; une maison, immobile.
  • Aveuglément (Récits)
C’est un recueil de nouvelles. Mais les références croisées entre les différents récits en font une sorte de roman : un thriller démembré, un éventail d’histoires sorties de la nuit du monde comme des fils d’araignée par des éclairs de lune… Le premier texte conte l'étonnante liaison d'un homme et d'une femme qui s'aiment avec passion pendant des années sans se révéler leurs identités respectives. Peut-on aimer sans connaître qui l'on aime ? La jouissance est-elle une grâce de Dieu ? La lumière est-elle une enfant de la nuit  ? Le monde est-il l'écloserie du hasard ? Un auteur est-il toujours seul ?
  • Quoi d'Autre ? (Essai)
« Né européen breton comme il aurait pu naître amérindien ou asiate », formé par les écoles et les lycées français, ancien élève de l’École Polytechnique mais saltimbanque par choix, l'auteur souhaite rappeler sans aucune prétention dans ce bref opuscule, à ses sœurs, à ses frères, qu’ils sont libres. Si leur for intérieur, leur famille, leur communauté, leur pays, leur environnement, la planète, l’univers, leur paraissent à l’occasion en danger de fermeture, qu’ils gardent le courage et l’humour de se demander : Quoi d’Autre ?  « Nous sommes tout près, mais si loin : pour les mêmes raisons… » (Est notamment évoquée la nouvelle économie du livre née de l'autodiffusion sur internet.)




Extraits

* Aborigène occidental

(Premières lignes) Je n'ai pas la tête très politique. En bon démocrate, je ne répugne pas à exprimer des préférences, tel ou tel désir de changement. Sur bien des plans, l'état du monde m'a fait souffrir, il a gauchi la trajectoire dont j'avais rêvé. Mais, à vrai dire, je l'accepte sans trop de dispute tel qu'il est, ce monde. Avec curiosité. C'est le nôtre, je le tiens pour un partenaire. Aucune injustice, aucune horreur ne parvient à balayer l'étonnement et le bonheur qui sont les miens devant le spectacle de son existence. Ma présence en son sein, ma capacité à l'interroger m'apparaissent chaque matin, chaque nuit, comme une chance miraculeuse. Je ne m'aveugle pas au point de ne pas voir que des conditions physiques, un cadre législatif peuvent favoriser ou contraindre nos vies, mais je ne sacrifierai pas mon plaisir d'aventurier à la bonne conscience malheureuse d'un combattant de l'impossible. Je suis un intellectuel. Mon terrain, c'est le débat d'idées. Je suis par principe accueillant mais sans doute trop vif. J'aime tout le monde : on me l'a souvent reproché… Je voudrais un lecteur assez libre pour se laisser convier à un voyage en pensée qui ne connaisse aucun tabou ; pour interroger sans complaisance ni crispation les non-dits de notre consensus national ; pour imaginer des états de la France auxquels auraient pu conduire des choix historiques différents ou des facéties du hasard ; pour envisager aussi bien les méfaits que les apports de la Révolution ; pour mesurer les richesses que nous devons à des pays étrangers, pour en apercevoir d'autres que nous n'avons pas su saisir. Aucun Dieu, aucun État, aucune Académie, aucun Commandeur, aucun adversaire déclaré, aucun consensus hostile ne suscitera ma haine. De tous je voudrai comprendre les raisons. Mais aucun ne parviendra à m'intimider...
(Dernières lignes) Soixante ans après l'époque cruelle de la Guerre, le moment ne serait-il pas venu de mettre un terme à une division qui n'a plus de sens pour les nouvelles générations ? Les résistants nous ont sauvé de la barbarie. Les écrivains rassemblés autour de Roparz Hemon ont sauvé notre culture. Il n'y aura d'avenir breton pour la Bretagne, il n'y aura de Bretagne à l'avenir que si nous assumons ces deux héritages, sans les confondre dans une histoire brouillée. À chacun son mérite. Mon œcuménisme ne me rend pas pour autant amnésique. Il reste vrai que tandis que naissaient à Rennes, pour la première fois dans l'histoire, des journaux et des émissions de radio en breton, à Auschwitz, à Dachau, des hommes et des femmes et des petits enfants partaient en fumée, désignés aux bourreaux par leur culture interdite. La seule coexistence de ces deux faits, même sans aucune corrélation entre eux, a quelque chose d'insupportable. Je suis né en 1940, peu après la déroute française. J'avais deux grands-mères en coiffe. L'étude de la civilisation juive a été l'un de mes principaux chemins de conscience. Au nom de mes rêves, en lieu et place de mes aînés qui ne l'ont pas fait, je demande pardon à ceux qui sont morts.

* Faces cachées


Nous dûmes marcher longtemps. De cela, je suis presque sûr. Bien que je n'en puisse fournir aucune preuve formelle, je crois que les caves du château sont bien plus étendues que sa partie visible. En laissant mes regards se perdre dans les graffiti abstraits dont je constelle mes manuscrits, mieux, en quittant ma table de travail et en m'allongeant à l'autre bout de la pièce, les yeux fermés, sur le divan que n'atteint pas le cône de la lampe, j'arrive à me concentrer suffisamment pour ressusciter l'extraordinaire cacophonie qui me frappa au sortir de l'ascenseur : un terrible mélange de bruits d'ateliers, de chaînes et de serrures, de halètements de plair, de rires ininterrompus et de gémissements horribles. Mais je ne puis reconstituer la suite continue des événements. il ne me reste que des lambeaux de scènes et de propos que je rapporte sans aucune garantie d'authenticité. J'aurai peut-être pu prévoir ce piège diabolique : je sen encore l'espèce de brume, d'absence froide, qui nous entoura, pénétra mon corps et gomma ma mémoire tandis que nous franchissions les systèmes de protection de la cave. je vois Euclide lui-même marcher les mains ouvertes devant lui, comme pour se protéger de ce blizzard invisible, et se retourner vers moi en criant avec une grimace : « Ça refoule sec ! » Quelle misère ! Au moment où je parvenais peut-être au terme de ma quête, où je pénétrais dans le naos de tous ces mystères, on me confisquait ma tête ! Je vois d'affreux cloaques ensanglantés où les formes nettes des miroirs et des cadres paraissent s'arracher continûment à un magma boueux. Je vois de longues enfilades de cages dans lesquelles grondent des monstres flasques, plus ou moins enchaînés. Lorsque, sur notre passage, ils se soulèvent en hurlant, des silhouettes humaines ou animales surgissent dans leurs formes palpitantes, qu'elles modèlent fugitivement. Puis, ils s'effondrent de nouveau en galettes immondes. (On pourra se reporter utilement à certaines pages de Wells ou de Lovecraft.) […]

Les images s'accrochent : elles se disputent ma mémoire et veulent toutes passer en même temps sous la plume. Parce que leur simultanéité fait partie de leur vérité. Leur succession imposée dans le mince tuyau des lignes leur inventerait des rapports artificiels et faux. Aucun "pendant ce temps", "dans l'intervalle" ou "non loin de là" ne leur restituerait leur belle efflorescence spatiale. Mais je ne peux tout de même pas me présenter chez l'éditeur avec un bouquet de narcisses en guise de manuscrit. La vérité était que, si la chair de mon texte était avec moi, sa peau n'avait pu me suivre dans cette cave grouillante. Ou bien je restais en bas et je n'avais plus de livre où glisser cette fabuleuse richesse dans laquelle je me reconnaissais enfin. Ou bien remontais là-haut, mais les systèmes anti-mémoire jouaient au passage, me nettoyaient le cerveau et me laissaient vidé, sans fond, devant mon projet contraint, réduit à une forme autorisée : un coassement de plus, dans un vaste concert de grenouilles. Bien entendu, je choisis le bas. Vaguement éclairé sur ce qu'eût signifié sa réussite, je préférais désormais l'échec de mon livre. J'avais déjà trop payé de tributs à ces formes marquées, trop subi leurs lois dans les minces cañons dont elles avaient creusé la plaine du non dit, pour consentir à leur triomphe final. Ce poids qui m'étouffait, ces chaînes qui m'entravaient, ces cloisonnements qui m'excluaient, je devinais maintenant que c'étaient autant de pièges et d'énigmes, tendus, sur les chemins de ma liberté, par ces sphinx gardiens des consensus. Que pouvait me faire, après tout, de n'être pas un ténor d'une intelligence aussi soumise ? Je préférais me rouler librement dans mes rêves. a route à moi, à coup sûr, passait plutôt par là : il me restait encore à découvrir pourquoi.